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Paroisse de Saint Tropez

004 - Que dit l'Evangile de ce dimanche

Évangile de Jésus-Christ

selon Saint-Mathieu : 26, 14-27,66

"Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné"


Pendant cette semaine sainte, nous nous rassemblons pour nous rappeler la passion de Jésus, pour entrer dans le grand mystère du Christ qui oppose l’amour à la violence. La Passion est le thème principal de la prédication chrétienne. La croix reste encore aujourd’hui le symbole d’une grande souffrance mais surtout d’un immense amour. 

Chacun des quatre évangélistes a une façon particulière de raconter le récit de la Passion. Matthieu, comme les trois autres évangélistes a ses particularités.  

Il s’adresse à des juifs devenus chrétiens et enrichit ses écrits de citations de l’Ancien Testament afin de montrer que le Christ accompli ce que les prophètes avaient annoncé. 

En racontant le déroulement du procès, il affirme que la décision de condamner Jésus à mort a été prise avant qu’il soit traîné devant le tribunal. Le procès a été une parodie de la justice.  

Matthieu insiste sur la responsabilité des autorités juives et il est porté à diminuer celle de Pilate et des Romains. Il veut établir clairement que Jésus n'a pas été condamné pour des raisons politiques mais religieuses. Pilate essaie de relâcher Jésus en proposant l’échange avec un autre prisonnier, Barabbas ; la femme de Pilate vient plaider près de son mari pour qu’il ne se mêle pas de cette mort ; enfin, Pilate se lave les mains, pour signifier qu’il n'est pas responsable du crime. 

Jésus n’a pas recherché la croix. Ce sont les représentants religieux et la foule qui l’ont condamné à mourir afin de se débarrasser de lui. La croix n’a pas été voulue par Dieu le Père, c’était le châtiment imposé à Jésus par l’élite religieuse pour s’être opposé à sa façon de faire et à sa façon de comprendre l’Alliance avec Dieu. 

Jésus aurait pu éviter de se rendre à Jérusalem comme ses disciples le lui avaient recommandé. Mais au lieu d’éviter la ville sainte, il y entre de façon ostensible. 

Il décide de confronter le pouvoir qui a juré de le détruire. En agissant ainsi, il fait face à l’oppression et rend visible l’injustice de notre monde. 

L’amour souligné dans le texte de S. Matthieu est un amour trahi, un amour blessé, un amour bafoué, un amour méprisé. 

Jésus a été renié par Pierre, trahit par Judas, abandonné de ses disciples, condamné par le sanhédrin et par Pilate. Les soldats romains l’ont torturé et la foule l’a rejeté tout en sachant très bien qu’il n’était coupable de rien. On lui a imposé toutes les humiliations possibles. 

Matthieu interpelle les chrétiens de son temps et ceux d’aujourd’hui et semble dire que même si nous partageons la table de Jésus, tous nous sommes capables de trahir. L'eucharistie, comme la dernière scène, est le «repas des pécheurs et des traîtres». Pierre, Judas, et tous les autres apôtres partagent le pain avec le Christ avant de le vendre, de le renier et de l’abandonner. Hier comme aujourd’hui, la communauté ecclésiale est composée d’hommes et de femmes faibles et souvent infidèles. 

Lorsque le Christ innocent est condamné à la torture et à la mort – la mort la plus terrible que les êtres humains aient inventée – personne n’a eu le courage de le défendre. Le Christ a souffert dans la solitude totale, abandonné de tous. À travers ses souffrances, il s’est rapproché des millions de personnes qui subissent l’injustice et le rejet. 

Sur la croix, le Christ prie le Psaume 21 : «Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné?» Du sein de sa détresse, il n’a jamais cessé d’appeler au secours et il n’a pas douté un seul instant que Dieu l’écoutait. C’est la prière de quelqu’un qui souffre, qui ose crier sa souffrance. 

La conclusion de la Passion selon S. Matthieu se retrouve dans la proclamation de l’officier romain : «Vraiment celui-ci était le Fils de Dieu» (27, 54) 

Nous les chrétiens, appartenons à un peuple qui «se souvient».

À chaque célébration eucharistique nous nous rappelons les paroles du Christ : «Faites cela en mémoire de moi». Une lecture attentive de la passion et de la résurrection du Christ est une partie intégrante de cette «mémoire». 

Demandons aujourd’hui d’avoir le courage des quelques femmes qui ont accompagné Jésus jusqu’au pied de la croix, du centurion romain, qui a reconnu à la fin qu’il était vraiment le Fils de Dieu, du voleur qui l’a défendu et lui a demandé d’être avec lui dans son Royaume, de Nicodème le pharisien qui est d’abord venu visiter Jésus la nuit, et après la mort du Christ, est sorti en plein jour pour offrir au Seigneur une tombe où il pouvait reposer. 

Le souvenir de la mort du Christ nous rappelle toutes les croix qui existent dans notre monde, les souffrances de ceux et celles qui sont victimes de la haine, de la violence, de l’indifférence, en commençant par les gens autour de nous. 

Le récit de la Passion devrait nous ouvrir les yeux et le cœur. Les critères pour appartenir au Royaume de Dieu sont toujours celles de Matthieu, au chapitre 25 : «J’avais faim et vous m’avez donné à manger, j’avais soif et vous m’avez donné à boire, j’étais malade, rejeté, en prison, en esclavage… et vous avez participé à ma libération. 

Pendant cette semaine de la Passion, nous sommes invités à réfléchir sur la mort du Christ et à ouvrir les yeux sur les souffrances de notre monde d’aujourd’hui. 

Le mystère de Pâques – c’est à dire le mystère de la mort et de la résurrection du Christ – n’est pas seulement un souvenir du passé; c’est un appel à partager notre espérance et à répondre aux besoins d’aujourd’hui. 

L’évangéliste S. Matthieu nous invite à réfléchir sur le grand amour de Dieu pour chacun et chacune de nous et à imiter cet amour dans notre milieu de vie.

Réflexion sur l'évangile dominical par le Père Yvon-Michel Allard, s.v.d., directeur du Centre biblique des Missionnaires du Verbe Divin, Granby, QC, Canada.

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